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Le mot d’Alice
Client
PROPRE OU SALE ?
Le point commun entre les dictateurs, les mafieux,
les patrons de multinationales et les stars ? Celui d’avoir
les moyens de s’offrir des objets de luxe !
La différence cruciale qui distingue les deux
premiers des deux derniers, c’est l’origine
des fonds qu’ils utilisent. Entre l’argent issu
de la fraude, de la corruption, du vol ou
de l’esclavage sexuel et celui gagné grâce à
un salaire ou un contrat avec une maison de
disques, il y a une différence. Bien sûr, il est
tentant de penser, en grommelant, que ce que
gagnent certains chefs d’entreprise ou footballeurs,
c’est scandaleux. Mais cela n’a rien
à voir avec l’argent sale qui sert à acquérir
ce qui est désormais nommé les « biens mal
acquis » : voitures de luxe, appartements de
prestige, bijoux somptueux, garde-robes
haute couture…
© PHOTOS : YLE IS DREAMING/FLICKR - DR
L’expert en lutte anti-blanchiment, Odilon Audouin,
directeur de la sécurité financière au cabinet
Deloitte (et frérot de l’auteur !), parle alors
de « client sale ». Mais comment ces bandits
peuvent-ils acheter aussi facilement tous ces
biens ? La loi interdit pourtant tout paiement
en liquide pour des sommes supérieures à
3 000 euros. Un principe qu’applique à la lettre
Adamence qui a mis un point d’honneur à rendre
les transactions transparentes (cf. le portrait
d’Alexandre Murat, son fondateur, p. 21).
N’empêche, Tracfin, la cellule officielle chargée
de lutter contre le blanchiment d’argent,
déplore la quasi-absence de « déclarations de
soupçon » de la part du secteur de la joaillerie,
pourtant soumis à cette règle. C’est pourtant
simple, si l’on voit arriver, dans sa boutique
Les biens de luxe mal acquis feront-ils
tomber le secteur de son piédestal ?
de luxe, un Russe de 2 mètres, avec une valise
de cash, en compagnie de deux adolescentes
bulgares, qui montre un passeport norvégien,
on passe un petit coup de fil à cet organisme !
Ce phénomène du client sale et des biens mal
acquis, à l’heure où les abus des dictateurs sont
jugés insupportables, fera-t-il tomber le luxe
de son piédestal ? Sans une lutte active contre
cette dérive, les signes extérieurs de richesse
deviendront-ils en partie des signes extérieurs
de détresse… de ceux que l’on ne voit pas ?
Alice Audouin,
animatrice de www.aliceaudouin-blog.com
NÉOPLANÈTE 25 - DÉC. 11/JAN. 12 | 11
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