Transition énergétique de l’automobile

Transition énergétique de l’automobile

Alors qu’une vingtaine de pays ou blocs régionaux a déjà fixé des échéances précises en vue d’abandonner les moteurs à explosion émetteurs de gaz à effet de serre, les Etats-Unis accélèrent à leur tour dans la transition énergétique du secteur automobile. Jeudi dernier, trois semaines après les nouveaux objectifs fixés par la Commission européenne pour réduire l’empreinte environnementale de l’automobile, le président américain Joe Biden a dévoilé de grandes ambitions pour verdir l’industrie automobile américaine, à la traîne face à des concurrents chinois et européens agressifs.

Joe Biden a en effet signé un décret fixant un objectif ambitieux : que les voitures « sans émissions »  représentent 50% des ventes en 2030. Washington y intègre toutefois non seulement les véhicules entièrement électriques ou à hydrogène, mais aussi des hybrides rechargeables ayant donc toujours un moteur à explosion.

L’objectif est en effet ambitieux si l’on songe que les véhicules électriques ne représentaient en 2020, selon l’Agence internationale de l’énergie, que 2 % des ventes de voitures neuves aux Etats-Unis, contre 10% en Europe. La Californie a pris les devants en interdisant la vente de moteurs thermiques à partir de 2035.

Pour autant, ce chiffre de 50% ne va pas bien au-delà de ce que beaucoup de constructeurs envisagent déjà.

 

Débat sur les infrastructures

Dans une déclaration commune, les constructeurs de Détroit ont exprimé leur « aspiration commune à réaliser des ventes de 40 à 50 % » des véhicules, mais ont déclaré que le changement « ne peut être réalisé qu’avec des initiatives telles que des incitations pour les consommateurs à acheter des véhicules électriques et de nouvelles infrastructures comme un réseau de recharge.

Bien que Biden ait proposé un plan d’infrastructure qui inclurait bon nombre de ces programmes, tous n’ont pas été intégrés au projet de loi de compromis bipartite du Sénat, considéré comme ayant les meilleures chances d’être adopté au Congrès.

Les Travailleurs unis de l’automobile (UAW), l’un des plus grands syndicats de travailleurs de l’automobile du pays, se sont ralliés à cette décision.

« Les membres de l’UAW, actuels et futurs, sont prêts à construire ces voitures et camions électriques et les batteries qui les composent », a déclaré le président Ray Curry dans un communiqué publié par l’administration Biden.

Tesla, la société d’Elon Musk, qui a été créditée d’avoir accéléré la popularité des véhicules électriques aux États-Unis et d’être leader des ventes nationales, n’a pas participé à l’événement de lancement à Washington.

Musk a cependant été critiqué pour des tactiques considérées comme antisyndicales, et la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a déclaré que les entreprises invitées à la Maison Blanche « sont les trois plus grands acteurs clés des United Auto Workers ».

« Oui, ça semble étrange que Tesla n’ait pas été invité », a tweeté Elon Musk.

Louange mesurée

Bien que le chiffre de 50 % ne dépasse pas ce que de nombreux fabricants américains envisageaient déjà, il s’agit d’un objectif ambitieux pour l’ensemble des États-Unis.

Alors qu’environ 10% des ventes de voitures européennes sont des véhicules électriques, elles représentent moins de 2% aux États-Unis, a déclaré l’année dernière l’Agence internationale de l’énergie.

Le président du Fonds de défense de l’environnement, Fred Krupp, a salué l’annonce comme positionnant les États-Unis pour être compétitifs dans l’économie émergente des transports.

« Les pays du monde entier font la course pour éliminer la pollution de leurs voitures et camions », a déclaré Krupp.

Les Américains, a-t-il ajouté, « peuvent gagner cette course, et notre prix sera de bons emplois, des économies à la pompe à essence pour les familles américaines, un air plus pur et un climat plus sûr ».

Mais Simon Mui du Natural Resources Defense Council a déclaré qu’une action plus agressive était immédiatement nécessaire « étant donné que le changement climatique a déjà rendu notre temps si violent ».

L’objectif est la dernière répudiation de Biden des politiques de son prédécesseur Donald Trump, et il a également l’intention de renforcer les règles d’économie de carburant et les réglementations sur les émissions que l’ancien président a annulées.

Les normes d’émissions actuelles, qui datent de mars 2020, obligent les constructeurs à améliorer de 1,5% l’efficacité énergétique de leurs véhicules entre 2021 et 2026, moins que les 5% exigés sous le prédécesseur de Trump, Barack Obama.

 

174 milliards de dollars d’investissements

Selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2020 les véhicules électriques ne représentaient en effet aux Etats-Unis que 2% des ventes de voitures neuves. Il faudrait donc, en moins de 10 ans, multiplier ce chiffre par 25.

Un objectif optimiste, mais pas irréalisable d’après Bert Troubleyn, journaliste automobile et spécialiste en voitures électriques : « Joe Biden ne se contente pas d’un effet d’annonce, il libère aussi les moyens nécessaires en prévoyant de consacrer 174 milliards de dollars (148 milliards d’euros) à des primes à l’achat de voiture électriques — jusqu’à 12.500 dollars par véhicule — ou à la modernisation des infrastructures nécessaires à la recharge, mais pas uniquement. Il parle aussi de voitures zéro émissions, ça peut être aussi la voiture à hydrogène, ou d’autres innovations dans les années qui viennent ».

Un optimisme partagé par Christophe Dubon, porte-parole de la FEBIAC, la Fédération belge de l’Automobile et du Cycle : « C’est une annonce tout à fait réaliste d’un pur point de vue sectoriel. Les produits ont été développés et arrivent massivement sur le marché, et ça va continuer, c’est juste une question de temps. L’annonce de Biden me semble plus réaliste que la fin des moteurs thermiques annoncée à Bruxelles pour 2035, par exemple ».

 

Les industriels américains prennent des engagements

Invités par Joe Biden, les industriels ont également pris des engagements. Dans un communiqué commun, les patrons de General Motors, de Ford, et de Stellantis en Amérique du Nord – propriétaire de la marque historique Chrysler et de Jeep- ont réitéré leur « ambition commune d’arriver en 2030 à 40 à 50% » de véhicules de ce type vendus chaque année aux Etats-Unis.

Elon Musk, le patron de Tesla n’avait pas reçu de carton d’invitation et n’a pas caché son étonnement sur twitter, en parlant de « sabotage ». La réponse est à trouvé dans ses relations difficiles avec les syndicats.

Joe Biden a convié « les trois plus gros employeurs de l’UAW (United Auto Workers, le puissant syndicat automobile américain, NDLR) et le président de l’UAW », a expliqué jeudi  la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, lors de son point presse quotidien.  »

 

 

Julien